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RU 24/2012 - LE 1er GRAND MISSIONAIRE EN CHINE


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LE PREMIER GRAND MISSIONNAIRE DE LA CHINE (ru, 18 juin 2012) – Lettré de la Renaissance italienne et élève du mathématicien Christophe Clavius, Matteo Ricci S.J. fut le premier européen à assimiler la culture chinoise et le précurseur de l’échange des savoirs entre la Chine et l’Europe. À la Chine, il apporta ses connaissances en mathématiques, en astronomie, en cartographie. Il a ainsi traduit les Principes de Géométrie d’Euclide, et composa un Traité sur les cieux et la terre, ainsi qu’une célèbre Mappemonde qui changea la vision chinoise du monde. À l’Europe il transmit la première traduction des Quatre livres du confucianisme ; il inventa la transcription en lettres latines de la langue chinoise pour composer le premier dictionnaire chinois en langue occidentale (le portugais). Enfin, son Journal et sa correspondance firent découvrir à l’Europe aussi bien la géographie de l’Empire chinois que ses institutions et traditions culturelles.

Parti de Lisbonne en 1578, ce missionnaire jésuite passa trois ans à Goa avant d’arriver à Macao en août 1582. Il y commença l’étude de la langue. Puis, après diverses tentatives au sud de la Chine (Zhaoqing, Zhaozhou, Nanchang, Nanking, cf. la carte ci-dessus), il est autorisé par l’Empereur à venir à Pékin en 1601. Il lui offrit des cadeaux amenés d’Europe : des modèles astronomiques, un clavecin, trois tableaux religieux, des documents mathématiques, littéraires, musicaux, cartographiques et autres. Sa maîtrise de la langue et de la littérature chinoise, ses connaissances scientifiques, ainsi que sa remarquable personnalité, lui valurent la curiosité mais aussi l’amitié de nombreux lettrés et mandarins de la Cour. Ensemble, ils comparent leurs savoirs respectifs et s’interrogent sur la compatibilité entre leurs visions de l’existence : d’un côté, le confucianisme, de l’autre le christianisme et la philosophie d’Aristote.

À sa mort, le 11 mai 1610, l’empereur permit que soit enterré à Pékin ce « Lettré d’Occident » qui allait désormais faire partie de l’histoire de Chine. Ses oeuvres allaient figurer dans l’Encyclopédie impériale. Prolongement contemporain du dialogue entamé par Ricci, le plus grand dictionnaire de la langue chinoise en langue occidentale, le Grand dictionnaire Ricci de la langue chinoise, fut publié par les Instituts Ricci de Paris et Taipei en 2001.

Lors du 4e centenaire de la mort de Ricci à Pékin, commémoré aussi bien en Chine qu’en Europe en 2009 et 2010, Benoît XVI a salué en Matteo Ricci sa capacité innovante de s’approcher, dans un respect total, des traditions culturelles et spirituelles chinoises. En Ricci, dit le pape, « on voit que l’Evangile est un message universel de salut destiné à tous les hommes quel que soit le contexte culturel et religieux auquel ils appartiennent. »

En fait Ricci ne fut que la continuation des efforts d’évangélisation de Saint François Xavier SJ qui, déjà en 1552, avait essayé de débarquer à Canton, venant de sa mission au Japon, et était mort sur une île face à Canton. Pour missionner le Japon, il faut d’abord évangéliser la Chine, avait-il compris. Et les Jésuites à conclure à sa suite : pour évangéliser la Chine, il faut d’abord s’approcher des savants de ce grand pays. C’était la mission de Ricci qu’il a parfaitement accompli. On estime qu’à sa mort il y avait quelques 7500 Catholiques chinois. Aujourd’hui ils sont estimés à quelques 12 millions (environ 6 millions dans l’Eglise souterraine fidèle à Rome, et 6 millions dans l’Eglise patriotique gérée par l’Etat).

En 2001, à l’occasion d’un colloque à l’université grégorienne, alors que d’autres rencontres se déroulaient à Pékin, le pape Jean-Paul II avait cité le livre « Traite sur l’amitié » du Père Ricci. Il ajouta : « La Chine et l’Eglise Catholique… se trouvent historiquement parmi les plus anciennes ‘institutions’ vivantes et actives du monde : toutes deux, bien que dans des domaines différents – politique et social pour l’une, religieux et spirituel pour l’autre – comptent plus d’un milliard de fils et de filles ». Pour relier ces grandes entités du monde le Père Ricci était un pont estimé et reconnu des deux partenaires de ce dialogue multiséculaire.

A la suite du Père Ricci, d’autres missionnaires sont arrivés en Chine, d’autres méthodes de mission furent mises en œuvre par différentes communautés religieuses, et s’ensuivit le fameux « conflit des rites », surtout autour de la question si certaines coutumes de vénération des morts pouvaient être tolérées par l’Eglise. La question fut finalement tranchée affirmativement par plusieurs papes. Mais il n’y a toujours pas un véritable rite chinois dans l’Eglise. Pour être catholique, les Chinois doivent en quelque sorte s’occidentaliser, une idée que Ricci voulait à tout prix éviter. On se souvient que déjà au tout premiers temps de l’Eglise Saint Pierre voulait que les païens se fassent circonciser (devenir juif) avant de se faire baptiser. Il fallait toute la force de Saint Paul pour faire valoir qu’un païen pouvait être baptisé sans ce détour par la religion juive. Aujourd’hui nous sommes toujours devant la même question que même Charles de Foucault avait insuffisamment posée, car il n’y a pas besoin de devenir Français pour un Musulman pour devenir un Chrétien. A quand un rite catholique arabe, un rite catholique chinois et japonais? Pourquoi seuls les Occidentaux et Orientaux auraient droit à un rite?

 -    O.A.M.D.G.  –




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